L'histoire du bienheureux Jacopone da Todi
Jacomo, ou James, naquit dans la ville de Todi, en Italie du Nord, au sein de la noble famille Benedetti. Il devint un avocat prospère et épousa une femme pieuse et généreuse nommée Vanna.
Sa jeune épouse s'était donné pour mission d'expier les excès mondains de son mari. Un jour, Vanna, à la demande insistante de Jacomo, assista à un tournoi public. Assise dans les tribunes avec les autres dames de la noblesse, elle fut surprise par l'effondrement des gradins. Vanna périt sur le coup. Son époux, déjà bouleversé, fut encore plus troublé en comprenant que la ceinture de pénitence qu'elle portait expiait ses propres fautes. Sur-le-champ, il jura de changer radicalement de vie.
Jacomo distribua ses biens aux pauvres et entra dans l'Ordre franciscain séculier. Souvent vêtu de haillons de pénitence, il était la cible de moqueries et traité de fou par ses anciens compagnons, qui le surnommaient Jacopone, ou « Jim le Fou ». Ce surnom finit par lui être cher.
Après dix années d'humiliations, Jacopone demanda à entrer dans l'Ordre des Frères Mineurs. Sa réputation étant sulfureuse, sa requête fut d'abord refusée. Il composa alors un magnifique poème sur les vanités du monde, ce qui lui permit finalement d'être admis dans l'Ordre en 1278. Il continua de mener une vie de pénitence rigoureuse, refusant d'être ordonné prêtre. Parallèlement, il composait des hymnes populaires en langue vernaculaire.
Jacopone se retrouva soudainement à la tête d'un mouvement religieux troublant au sein de l'ordre franciscain. Les Spiritualistes, comme on les appelait, prônaient un retour à la stricte pauvreté du pape François. Ils bénéficiaient du soutien de deux cardinaux et du pape Célestin V. Or, ces deux cardinaux s'opposaient au successeur de Célestin, Boniface VIII. À 68 ans, Jacopone fut excommunié et emprisonné. Bien qu'il reconnût son erreur, il ne fut absous et libéré que cinq ans plus tard, sous l'accession au pontificat de Benoît XI. Il avait accepté son emprisonnement comme une pénitence. Il passa les trois dernières années de sa vie plus spirituel que jamais, pleurant « car l'Amour n'est pas aimé ». C'est durant cette période qu'il composa le célèbre hymne latin, le Stabat Mater .
La veille de Noël 1306, Jacopone sentit sa fin proche. Il se trouvait dans un couvent de Clarisses avec son ami, le bienheureux Jean de La Verna. À l'instar de François, Jacopone accueillit la Mort en chantant l'un de ses chants préférés. On raconte qu'il acheva le chant et mourut au moment où le prêtre entonnait le Gloria de la messe de minuit. Depuis sa mort, frère Jacopone est vénéré comme un saint.
Réflexion
Ses contemporains surnommaient Jacopone « Jim le Fou ». On pourrait bien reprendre leur raillerie, car que dire d'autre d'un homme qui, au milieu de toutes ses épreuves, se mit à chanter ? Nous chantons encore aujourd'hui le Stabat Mater , le chant le plus triste de Jacopone, mais nous, chrétiens, nous approprions un autre chant, même lorsque l'actualité résonne de dissonances. Toute la vie de Jacopone a fait résonner notre chant : « Alléluia ! » Puisse-t-il nous inspirer à continuer de chanter.
22 décembre