L'histoire de la commémoration de tous les fidèles défunts
Depuis les premiers temps, l'Église encourage la prière pour les défunts comme un acte de charité chrétienne. « Si nous n'avions aucune compassion pour les morts », observait Augustin, « nous n'aurions pas l'habitude de prier pour eux. » Pourtant, les rites préchrétiens pour les défunts ont conservé une telle emprise sur l'imaginaire superstitieux qu'aucune commémoration liturgique n'a été observée avant le début du Moyen Âge, lorsque les communautés monastiques ont commencé à célébrer une journée annuelle de prière pour leurs membres défunts.
Au milieu du XIe siècle, saint Odilon, abbé de Cluny, décréta que tous les monastères clunisiens devaient offrir des prières spéciales et chanter l'Office des morts le 2 novembre, lendemain de la Toussaint. Cette coutume se répandit depuis Cluny et fut finalement adoptée par toute l'Église romaine.
Le fondement théologique de cette fête repose sur la reconnaissance de la fragilité humaine. Puisque peu d'êtres humains atteignent la perfection en cette vie et que, la plupart, ils repartent dans la tombe marqués par le péché, un temps de purification semble nécessaire avant que l'âme ne rencontre Dieu. Le concile de Trente a confirmé cet état de purgatoire et a insisté sur le fait que les prières des vivants peuvent accélérer le processus de purification.
La superstition s'est facilement mêlée à cette célébration. Selon une croyance populaire médiévale, les âmes du purgatoire pouvaient apparaître ce jour-là sous forme de sorcières, de crapauds ou de feux follets. Les offrandes de nourriture déposées sur les tombes étaient censées apaiser les autres défunts.
Des rites plus religieux ont perduré. Il s'agit notamment de processions publiques ou de visites privées aux cimetières, ainsi que de la décoration des tombes avec des fleurs et des lumières. Cette fête est célébrée avec une grande ferveur au Mexique.
Réflexion
La question de savoir s'il faut prier pour les défunts est l'un des grands sujets de discorde entre chrétiens. Horrifié par les abus liés aux indulgences dans l'Église de son époque, Martin Luther rejeta le concept de purgatoire. Pourtant, pour le croyant, prier pour un être cher est un moyen d'abolir toute distance, même celle qui nous sépare de la mort. Dans la prière, nous nous tenons en présence de Dieu, en compagnie de celui ou celle que nous aimons, même si cette personne nous a précédés dans la mort.
2 novembre