L'histoire de saint Martin de Porrès
« Père inconnu » est la formule juridique froide parfois utilisée sur les registres de baptême. « Métis » ou « souvenir de guerre » est l'insulte cruelle que proféraient ceux de « sang pur ». Comme beaucoup d'autres, Martin aurait pu devenir un homme amer, mais il ne le fut pas. On raconte que, dès son plus jeune âge, il donnait son cœur et ses biens aux pauvres et aux méprisés.
Il était le fils d'une affranchie panaméenne, probablement noire mais peut-être aussi d'origine indigène, et d'un grand notable espagnol de Lima, au Pérou. Ses parents ne se marièrent jamais. Martin hérita des traits et du teint foncé de sa mère. Cela irrita son père, qui finit par le reconnaître huit ans plus tard. Après la naissance d'une sœur, le père abandonna sa famille. Martin grandit dans la pauvreté, cantonné aux bas-fonds de la société limanaise.
À l'âge de 12 ans, sa mère le plaça en apprentissage chez un barbier-chirurgien. Martin apprit à couper les cheveux, à effectuer des prises de sang (un acte médical courant à l'époque), à soigner les plaies, ainsi qu'à préparer et administrer des médicaments.
Après quelques années d'apostolat médical, Martin sollicita l'aide des Dominicains pour devenir « laïc assistant », ne se sentant pas digne d'entrer dans les ordres. Au bout de neuf ans, son exemple de prière et de pénitence, de charité et d'humilité, incita la communauté à lui demander de prononcer ses vœux. Il passait de nombreuses nuits en prière et en pénitence ; ses journées étaient consacrées aux soins des malades et des pauvres. Il était particulièrement remarquable qu'il traite chacun sans distinction de couleur, de race ou de statut social. Il joua un rôle déterminant dans la fondation d'un orphelinat, prit soin des esclaves ramenés d'Afrique et gérait les aumônes quotidiennes du prieuré avec pragmatisme et générosité. Il devint l'intermédiaire du prieuré et de la ville, qu'il s'agisse de « couvertures, de chemises, de bougies, de bonbons, de miracles ou de prières ! » Lorsque son prieuré fut endetté, il déclara : « Je ne suis qu'un pauvre mulâtre. Vendez-moi. Je suis la propriété de l'ordre. Vendez-moi. »
Parallèlement à ses tâches quotidiennes à la cuisine, à la blanchisserie et à l'infirmerie, la vie de Martin reflétait les dons extraordinaires de Dieu : des extases qui le transportaient dans les airs, une lumière emplissant la pièce où il priait, la bilocation, une connaissance miraculeuse, des guérisons instantanées et une relation remarquable avec les animaux. Sa charité s'étendait aux bêtes des champs et même aux vermines de la cuisine. Il excusait les invasions de souris et de rats en prétextant qu'ils étaient sous-alimentés ; il accueillait des chats et des chiens errants chez sa sœur.
Martin devint une redoutable collectrice de fonds, obtenant des milliers de dollars pour les dots de jeunes filles pauvres afin qu'elles puissent se marier ou entrer au couvent.
Nombre de ses confrères religieux prirent Martin pour directeur spirituel, mais il continua de se qualifier de « pauvre esclave ». Il était un ami proche d'une autre sainte dominicaine du Pérou, Rose de Lima.
Réflexion
Le racisme est un péché que presque personne n'avoue. À l'instar de la pollution, c'est un « péché du monde » dont la responsabilité incombe à tous, mais dont personne, semble-t-il, n'est coupable. On imagine difficilement un meilleur défenseur du pardon chrétien – pour les victimes de discrimination – et de la justice chrétienne – pour les racistes repentis – que Martin de Porrès.
3 novembre