L'histoire de la bienheureuse Marie-Rose Durocher
Durant les huit premières années de la vie de Marie-Rose Durocher, le Canada formait un seul diocèse d'un océan à l'autre. Ses 500 000 catholiques n'avaient obtenu la liberté civile et religieuse des Anglais que 44 ans auparavant.
Elle naquit en 1811 dans un petit village près de Montréal, dixième d'une famille de onze enfants. Elle reçut une bonne éducation, avait un côté garçon manqué, montait un cheval nommé César et aurait pu faire un beau mariage. À seize ans, elle ressentit le désir d'entrer dans les ordres, mais dut renoncer à ce projet en raison de sa santé fragile. À dix-huit ans, à la mort de sa mère, son frère, prêtre, invita Marie-Rose et leur père à le rejoindre dans sa paroisse de Beloeil, non loin de Montréal.
Pendant treize ans, Marie-Rose a œuvré comme gouvernante, hôtesse et employée paroissiale. Elle était réputée pour sa grâce, sa courtoisie, son sens du service et son tact ; on la surnommait d'ailleurs « la sainte de Beloeil ». Peut-être était-elle trop diplomate durant les deux années où son frère se montra froid à son égard.
À 29 ans, Marie-Rose vit l'évêque Ignace Bourget – qui allait exercer une influence déterminante sur sa vie – devenir évêque de Montréal. Il dut faire face à une pénurie de prêtres et de religieuses, ainsi qu'à une population rurale largement privée d'instruction. À l'instar de ses homologues aux États-Unis, Mgr Bourget parcourut l'Europe en quête d'aide et fonda lui-même quatre communautés, dont celle des Sœurs des Saints Noms de Jésus et de Marie. Sa première sœur, et cofondatrice malgré elle, fut Marie-Rose Durocher.
Jeune femme, Marie-Rose avait espéré qu'un jour chaque paroisse aurait sa propre communauté de sœurs enseignantes, sans jamais imaginer en fonder une. Mais son directeur spirituel, le père Pierre Telmon, oblat de Marie Immaculée, après l'avoir guidée avec rigueur et exigence dans la vie spirituelle, l'encouragea à fonder elle-même une communauté. L'évêque Bourget approuva, mais Marie-Rose recula devant cette perspective. Sa santé était fragile et son père et son frère avaient besoin d'elle.
Finalement, Marie-Rose accepta et, accompagnée de deux amies, Mélodie Dufresne et Henriette Cere, elle entra dans une petite maison à Longueuil, sur la rive opposée du fleuve Saint-Laurent, face à Montréal. Treize jeunes filles, déjà réunies pour le pensionnat, les accompagnaient. Longueuil devint pour elle Bethléem, Nazareth et Gethsémani. Marie-Rose avait 32 ans et ne vivrait que six années de plus, des années marquées par la pauvreté, les épreuves, la maladie et la calomnie. Les qualités qu’elle avait cultivées dans sa vie « cachée » se manifestèrent pleinement : une volonté de fer, de l’intelligence et du bon sens, un grand courage intérieur, et pourtant une grande déférence envers ses directrices. Ainsi naquit une congrégation internationale de religieuses vouées à l’éducation dans la foi.
Marie-Rose était sévère envers elle-même et, selon les normes actuelles, assez stricte avec ses sœurs. Mais au fond, bien sûr, elle nourrissait un amour inébranlable pour son Sauveur crucifié.
Sur son lit de mort, les prières qu'elle prononçait le plus souvent étaient : « Jésus, Marie, Joseph ! Doux Jésus, je vous aime. Jésus, soyez pour moi Jésus ! » Avant de mourir, Marie-Rose sourit et dit à la sœur qui l'accompagnait : « Vos prières me retiennent ici… laissez-moi partir. »
Marie-Rose Durocher a été béatifiée en 1982. Sa fête liturgique est célébrée le 6 octobre.
Réflexion
Nous avons constaté un formidable élan de charité, un intérêt sincère pour les pauvres. D'innombrables chrétiens ont vécu une prière profonde. Mais la pénitence ? Nous sommes mal à l'aise en lisant les récits de terribles pénitences physiques infligées par des personnes comme Marie-Rose Durocher. Ce n'est évidemment pas une voie pour la plupart des gens. Mais il est impossible de résister à l'attrait d'une culture matérialiste tournée vers le plaisir et le divertissement sans une forme d'abstinence volontaire et inspirée par le Christ. C'est une manière de répondre à l'appel de Jésus à la conversion et à un retour total à Dieu.
13 octobre