L'histoire des saints Isaac Jogues, Jean de Brébeuf et de leurs compagnons
Isaac Jogues et ses compagnons furent les premiers martyrs du continent nord-américain officiellement reconnus par l'Église. Jeune jésuite, Isaac Jogues, homme de lettres et de culture, enseignait la littérature en France. Il abandonna cette carrière pour œuvrer auprès des Hurons dans le Nouveau Monde et, en 1636, avec ses compagnons, sous la conduite de Jean de Brébeuf, il arriva à Québec. Les Hurons étaient constamment harcelés par les Iroquois et, quelques années plus tard, le père Jogues fut capturé par ces derniers et emprisonné pendant treize mois. Ses lettres et son journal racontent comment lui et ses compagnons furent conduits de village en village, comment ils furent battus, torturés et contraints d'assister au massacre de leurs convertis hurons.
Isaac Jogues bénéficia d'une chance inespérée de s'échapper grâce aux Hollandais et revint en France, portant les stigmates de ses souffrances. Plusieurs de ses doigts avaient été coupés, rongés ou brûlés. Le pape Urbain VIII lui accorda la permission de célébrer la messe avec ses mains mutilées : « Il serait honteux qu'un martyr du Christ ne puisse boire le Sang du Christ. »
Accueilli en héros à son retour, le père Jogues aurait pu se contenter de remercier Dieu pour son retour sain et sauf et mourir paisiblement dans sa patrie. Mais son zèle le ramena une fois de plus à la réalisation de ses rêves. Quelques mois plus tard, il embarqua pour ses missions chez les Hurons.
En 1646, le père Jogues et Jean de Lalande, qui avait offert ses services aux missionnaires, se rendirent en territoire iroquois, persuadés que le traité de paix récemment signé y serait respecté. Ils furent capturés par une bande de guerriers mohawks, et le 18 octobre, le père Jogues fut tué à coups de tomahawk puis décapité. Jean de Lalande fut tué le lendemain à Ossernenon, un village près d'Albany, dans l'État de New York.
Le premier missionnaire jésuite à subir le martyre fut René Goupil, qui, avec Lalande, avait offert ses services comme oblat. Il fut torturé avec Isaac Jogues en 1642 et tué à coups de tomahawk pour avoir fait le signe de croix sur le front d'enfants.
Le père Anthony Daniel, qui œuvrait parmi les Hurons se convertissant progressivement au christianisme, fut tué par les Iroquois le 4 juillet 1648. Son corps fut jeté dans sa chapelle, qui fut incendiée.
Jean de Brébeuf était un jésuite français arrivé au Canada à l'âge de 32 ans et y a œuvré pendant 24 ans. Il retourna en France lorsque les Anglais s'emparèrent de Québec en 1629 et expulsèrent les jésuites, mais revint à ses missions quatre ans plus tard. Bien que les guérisseurs aient accusé les jésuites d'être responsables d'une épidémie de variole parmi les Hurons, Jean demeura à leurs côtés.
Il composa des catéchismes et un dictionnaire en huron, et vit 7 000 personnes se convertir avant sa mort en 1649. Capturé par les Iroquois à Sainte-Marie, près de la baie Georgienne, au Canada, le père Brébeuf mourut après quatre heures de torture extrême.
Gabriel Lalemant avait fait un quatrième vœu : celui de sacrifier sa vie pour les Amérindiens. Il fut horriblement torturé à mort, tout comme le père Brébeuf.
Le père Charles Garnier fut abattu en 1649 alors qu'il baptisait des enfants et des catéchumènes lors d'une attaque iroquoise.
Le père Noël Chabanel fut également tué en 1649, avant de pouvoir répondre à son rappel en France. Il avait éprouvé d'énormes difficultés à s'adapter à la vie missionnaire. Il ne parvenait pas à apprendre la langue, et la nourriture et le mode de vie des Amérindiens le répugnaient ; de plus, il souffrit d'aridité spirituelle durant tout son séjour au Canada. Malgré cela, il fit vœu de rester en mission jusqu'à sa mort.
Ces huit martyrs jésuites d'Amérique du Nord ont été canonisés en 1930.
Réflexion
La foi et l'héroïsme ont profondément enraciné la croyance en la croix du Christ dans notre pays. L'Église en Amérique du Nord est née du sang des martyrs, comme cela a été le cas en tant d'autres lieux. Le ministère et les sacrifices de ces saints nous interpellent tous, nous amenant à nous interroger sur la profondeur de notre foi et sur la force de notre désir de servir, même face à la mort.
19 octobre